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In Nomine Domini

In Nomine Domini

« Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jean XVIII. 37)


Mon pèlerinage à la Salette

Publié par Jean-Baptiste sur 5 Janvier 2020, 15:35pm

 

Mon pèlerinage à la Salette

 

 

Il y a quelques jours, je me suis rendu à la Salette, comme les deux années précédentes, mais tout seul cette fois. Dans la vallée il n'y avait pas de neige, et donc l'ambiance n'était pas du tout la même qu'en 2017, où nous nous étions retrouvés à Corps avec plusieurs amis, avant de monter dans une seule voiture. En 2017 il neigeait beaucoup, la nuit était déjà tombée, et nous parlions avec ferveur de la crise de l'Église et de son issue, dans la brume et l'obscurité, durant le trajet qui nous séparait du sanctuaire. À notre arrivée il y avait très peu de voitures, et une fois entrés, nous avions la douce et mystérieuse impression de nous trouver dans un immense hôtel abandonné.

Cette fois je montai seul, il faisait encore jour, aucune neige ne tapissait la route, et je repensais aux beaux moments de 2017, lorsque nous réalisions des vidéos sur le Secret de la Salette dans une salle du sanctuaire que nous avions réservée (les responsables modernistes ne connaissaient pas la nature exacte de notre projet et se seraient probablement bien gardés de nous laisser la salle s'ils avaient su que nous étions traditionalistes). Dans la salle en question, il y avait une sorte de tableau luciférien représentant une balance avec les tables de la loi d'un côté et un couple humain avec des ailes de l'autre, avec le plateau qui pesait plus que le premier, comme si l'humanité était supérieure aux commandements de Dieu ; au dessous, on lisait l'inscription "les droits de l'homme".

Je transportai mes effets personnels et mon matériel vidéo dans ma chambre, avant de prier puis d'aller dîner avec les autres. Dans le hall j'aperçus l'ami de "Sarah" (cette étudiante en anthropologie que nous avions rencontrée en 2017) ; il ne sembla pas me remarquer mais je discutai plus tard avec lui ; ce pauvre garçon, d'une personnalité très plate, et acquis aux idées modernes, a besoin de nos prières.

Le lendemain, il neigeait, mais à cause de mon empressement, je n'en fis aucun cas et désirai me rendre au sommet de la montagne, afin de tourner la scène finale de mon court métrage sur la seconde croisade, lorsque le héros rentre dans sa patrie en passant par les Alpes. Il tomba beaucoup de neige en peu de temps, et l'ascension était très ardue, car je n'avais pas de raquettes (les miennes étaient trop grosses et je les avais laissées à la maison).

 

 

Sachant que je suis malade depuis 10 ans et que mon coeur s'est affaibli ces dernières années, j'éprouvai bien des difficultés et vis que personne ne s'aventurait là : il n'y avait que mes propres traces. Par endroits le sol était givré, et comme la pente était très abrupte, je devais enfoncer mes doigts pour monter. Mes mains étaient bleues, mon pantalon trempé ; j'avais de la neige dans le cou et dans les bottes. N'ayant ni crampons ni raquettes l'ascension me paraissait impossible mais je désirais vraiment atteindre le sommet. J'étais épuisé, je ressentais un point au coeur et à force de m'enfoncer et de me débattre dans cette pente abrupte mes cuisses étaient au bord de la déchirure musculaire : je fus obligé de renoncer. Toutefois je décidai de faire l'ascension d'un sommet voisin moins raide (une fois descendu), et réalisai quelques prises de vue.

Mon pèlerinage à la Salette

 

Suite à cette imprudence je tombai malade et passai une fort mauvaise nuit, mais accoutumé de ce genre de mésaventure, je décidai malgré tout de retenter l'ascension le lendemain, car il avait cessé de neiger. Contrairement à mes attentes, sans raquettes je m'enfonçais toujours beaucoup à certains endroits, malgré une plus grande stabilité de la neige. Une fois que j'eus dépassé mes traces de la veille l'ascension devint de plus en plus dure et il m'arriva de m'enfoncer jusqu'au bassin. Tout mon pantalon était trempé, j'avais de nouveau les mains bleues. Je dus, à plusieurs reprises, avancer péniblement à quatre pattes, comme un chien. Mais je voulais monter jusqu'au sommet, car je n'aime pas abandonner. 

Cette fois je réussis, et une fois en haut, je pus réaliser plusieurs prises de vue. Malheureusement il y avait des tourbillons d'air (invisibles) et le drone avait beaucoup de difficulté à conserver sa stabilité. J'en profitai aussi pour prier, mais comme j'avais peu de temps pour redescendre et profiter du repas de midi, je ne pus m'attarder davantage...

La descente, certes bien plus rapide que l'ascension, ne fut guère aisée. Dans la forêt à mi-parcours, je perdis mes traces de l'aller et m'enfonçai jusqu'au bassin à plusieurs reprises, tant la neige était profonde. Je me pressais pour pouvoir manger à midi, bien que je fus déjà en retard. À force de me rouler dans la neige je perdis mon trépied, qui se trouvait dans mon sac à dos. La veille j'avais perdu un manche à drapeau (il m'avait échappé des mains).

Une fois descendu je me hâtai vers le sanctuaire, me présentant au repas avec des glaçons dans les bottes, le pantalon trempé. Les Soeurs servirent du bon pot-au-feu avec du vin rouge, ce qui m'apporta quelque réconfort !

Les jours suivants je restai plus tranquille, profitant du beau temps pour réaliser des vidéos (notamment près du groupe de statues), avec mon stabilisateur ; l'occasion de perfectionner mes connaissances et mon savoir-faire...

 

 

Tandis que je me trouvais devant le sanctuaire, je vis arriver un groupe de jeunes avec un moine en tenue franciscaine et des filles en jupe ; à cette vue je fus certain qu'ils étaient de la tradition, étant donné que la grande majorité des femmes présentes sur les lieux portaient des pantalons (j'appris plus tard que l'une des rares femmes portant une jupe était, elle aussi, une fidèle de la Fraternité Saint Pie X !). Mon stabilisateur en mains, je demeurai à proximité et vis l'un des membres du groupe faire un topo assez rapide sur la Salette, comme on a coutume dans la tradition en ce genre d'occasion ; puis le moine prit la parole et ajouta deux éléments au discours : l'existence des Pères missionnaires, et le fait que le Secret de la Salette avait été combattu par une partie du clergé, sachant qu'il annonçait l'apostasie actuelle. Alors l'un des jeunes demanda où l'on pouvait trouver le texte du Secret... Ayant entendu cela je lui répondis que le sanctuaire ne le proposait pas dans sa librairie, et que jadis les Pères missionnaires avaient fait de même, étant hostiles au Secret. Je leur demandai s'ils étaient de la tradition et ils me le confirmèrent, précisant qu'ils faisaient partie du MJCF ; le moine me dit qu'il était capucin.

Je déclarai que c'était la première fois que je voyais des "tradis" ici et que je me sentais seul, en rigolant ! Ils s'en amusèrent et j'eus par la suite quelques conversations avec eux. J'en profitai pour dire au moine que même dans la tradition le Secret de la Salette était souvent rejeté, et un peu plus tard je lui fis valoir que s'il était rejeté jusque dans nos milieux, c'est parce que la description de la crise de l'Église telle qu'elle figure dans le Secret ne correspond ni à la position de la Fraternité Saint Pie X, ni à celle des sédévacantistes, partant que la Très Sainte Vierge Marie évoque l'existence d'un pape durant "la crise affreuse", qui traverse de nombreuses souffrances ; or, cela ne peut correspondre qu'à la "thèse" de la survie du Pape Paul VI, mais elle est mal vue et ceux qui la défendent sont regardés comme des fous.

Ensuite je conversai brièvement avec une fille du groupe (étudiante en droit, comme je l'ai moi-même été), et lui dis que je souhaitais devenir prêtre, en lui demandant de prier pour moi.

Le lendemain un autre groupe du MJCF arriva, et quand il fut question du Secret de la Salette, je pris la parole, cette fois assez maladroitement et de façon un peu brutale, en disant que même dans la tradition, il était rejeté. Il y avait une fille que j'avais déjà croisée dans un pèlerinage et je discutai un peu avec elle, ainsi qu'avec le moine. Je leur dis qu'on reconnaissait vite les tradis, parce que les filles tradis sont à peu près les seules en jupe là-bas ! Par la suite ils se livrèrent à une bataille de boules de neige, que je m'empressai de filmer, pour garder un souvenir ! C'était un vrai bonheur de croiser des frères dans la foi là-bas. À mon avis j'ai dû louper un groupe, au moment de l'ascension de la montagne...

Le soir je priais dans un oratoire agrémenté d'un crucifix assez rustique ; je fuyais comme la peste la salle d'adoration, habitée par cette ambiance luciférienne et panthéiste immonde :

 

Mon pèlerinage à la Salette

 

Un soir je me rendis à la projection d'un film sur Saint Philippe Néri, et il y eut une scène impudique, qui provoqua mon départ immédiat : c'est la raison pour laquelle je regarde rarement des films. Or, je viens de constater - sans grande surprise - que les éditions Chiré proposent ce DVD en vente dans leur boutique, car même au sein de nos milieux traditionalistes, les gens n'ont aucune rigueur morale ; ils ont beaucoup moins d'exigences en matière de morale qu'en matière de foi, et laissent le coeur de leurs enfants se pervertir. C'est ce qui explique le peu de vocations. Une âme privée de la pureté est une âme privée de tout bien ; en d'autres termes, sans la pureté on a rien et l'on ne peut pas se sauver. Malgré toutes les belles qualités qu'on peut avoir à côté, ce défaut là ternit tout le reste, car il défigure la nature humaine. Une personne impure est une personne sans noblesse, qui perd sa qualité d'homme, pour ressembler aux animaux ; d'où le fait que les Saintes Écritures comparent le pécheur aux animaux sans raison. Jusque dans nos milieux, beaucoup d'époux vivent sans aucune dignité : ils croient pouvoir s'unir de façon indécente, à la manière des chiens. Ceux-là n'obtiendront pas la vie éternelle...

Au sanctuaire, le soir, je me rendais aussi à la salle où nous avons tourné nos vidéos en 2017, avec nostalgie, et j'appelais Éric Faure au téléphone, discutant longuement avec "le petit pèlerin de la Salette" ; il regrettait de ne pouvoir être avec moi, lui qui est tant attaché à ce lieu !

À table, durant les jours qui suivirent, lorsque l'occasion se présentait, je parlais aux gens du Secret de la Salette, mentionnant le fait qu'il n'était pas proposé au sanctuaire ; je parlais aussi de la crise, du déclin de la foi et de la moralité. Les gens réagirent mollement, sans opposition ni aquiescement, comme il faut s'y attendre chez des âmes tièdes endormies par le péché.

Le jour de mon départ, à midi, je m'assis à côté d'une veuve bon chic bon genre, chaleureuse, qui me demanda si je m'étais promené ; je lui répondis que j'étais monté jusqu'au sommet des Gargasses quelques jours plus tôt, et que j'étais resté tranquille par la suite, ajoutant que mon ascension avait été mouvementée, sans équipements, avec bien de la peine. Cela mit un peu d'animation, et dans la suite de la conversation, il apparut que j'étais en face d'une femme exaltée, de spiritualité charismatique, qui se disait guidée par Dieu, et qui prétendait se rendre aux lieux de pèlerinage où "Dieu l'envoyait", faisant état de sa volonté de se rendre à Medjugorje (cette imposture !). Elle déclara qu'au moment de sa conversion Dieu l'avait menée à Faverney (elle avait oublié le nom mais sa description me permit de reconnaître l'endroit), juste à côté de chez moi. Quand je lui appris que j'habitais là, ce fut pour elle un "signe" de plus que je sois assis juste en face d'elle, et que je veuille devenir prêtre !

Cette dame excitait l'exaltation des autres, elles étaient quatre à se livrer à ce petit jeu, et je m'en amusais de plus en plus, surtout en constatant la perplexité de mon voisin. L'intéressée disait "amen" et "alleluia" sans arrêt, chantait quelques airs modernes à table, et devant mon silence, elle sollicita mon avis sur leur petit délire pseudo mystique. Je leur dis ce que j'en pensais (le plus aimablement possible), refroidissant quelque peu l'ambiance, et quand elle me demanda ce que je pensais du "pape", je répondis qu'à mon sens, "François" était un antipape ainsi qu'un franc-maçon. Je parlai de la crise de l'Église, de la perte de vocations, de la nécessité d'un équilibre dans la spiritualité, comparant les joies et les peines au calendrier liturgique, où se succèdent les mystères joyeux et les mystères douloureux ; j'ajoutai qu'en focalisant toute la spiritualité sur la joie - souvent profane - on oublie les pauvres et les malheureux. La discussion finit par redevenir chaleureuse, et les religieuses africaines du sanctuaire apportèrent le gâteau, en portant les bouteilles de champagne sur leur tête. Je décidai alors de partir, fuyant ces dissipations de l'âme.

À mon grand regret, je ne vis pas le groupe du MJCF du jour, qui était censé partir vers 14h ; j'aurais aimé apercevoir mes frères dans la foi avant mon départ... Je me rendis près de la statue de Notre-Dame pour prier, remplis une bouteille de la source miraculeuse, et décidai de partir. Quand je quitte ce lieu, quelle tristesse, c'est pour moi comme de quitter le Ciel !

 

Que Dieu nous fasse miséricorde.

Notre-Dame, hâtez le triomphe de la Sainte Église !

 

AMEN

 

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