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In Nomine Domini

In Nomine Domini

« Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jean XVIII. 37)


L'article de "La porte latine" sur le Secret de la Salette

Publié par Jean-Baptiste sur 20 Octobre 2020, 10:25am

 

LE  SECRET  DE  LA  SALETTE

A-T-IL  ÉTÉ  "CONDAMNÉ PAR L'ÉGLISE",

COMME  LE  PRÉTEND  LA  PORTE  LATINE ?

 

 

L'abbé Jean-Michel Gleize a publié il y a trois jours un article dédié au Secret de la Salette, sur La porte latine. Cet exposé fait suite à une initiative de certains de mes amis, qui ont tenté de convaincre Mgr Fellay de notre cause, en invoquant le Secret. Je les avais prévenus qu'ils se fatigueraient en vain...

Mais l'article de La porte latine mentionne des questions importantes, que je veux aborder ici, avec la politesse et la charité qui doivent caractériser ce genre de discussions.

L'idée que le Secret de la Salette aurait été « condamné par l'Église » a déjà été réfutée depuis longtemps :

- Par la revue Sous la bannière (cf. Maurice Canioni) ;

- Par Jean-Baptiste Wilfrid, dans son opuscule « Une défense du Secret de la Salette » (1946).

 

Si vous me lisez jusqu'au bout, vous comprendrez les points suivants :

- Contrairement à ce qu'affirme La porte latine, ce n'est pas le Secret de la Salette qui a été condamné, mais certaines éditions, et les interprétations fantaisistes de l'époque (même les anti-cléricaux ont récupéré à leur profit les paroles de la Vierge) ; les condamnations directes invoquées par La porte latine ne sont que des lettres privées engageant leur seul auteur, et non l'ensemble du Saint Office ;

- L'abbé Gleize a du mal à cacher une certaine gêne, parce que Mgr Lefebvre lui-même a cité le Secret de la Salette, qui plus est lors des sacres de 1988 ( ! ), et dans sa dernière publication, trois semaines avant sa mort ( ! ) ;

- La raison principale de l'hostilité d'une grande partie du clergé à l'encontre du Secret tient aux paroles de la Vierge sur l'impureté des prêtres (sujet d'actualité), dont j'expliquerai le sens, en montrant pourquoi elle en a parlé dès le début du texte ;

- Les papes modernes n'ont pas défendu le Secret de la Salette (ni d'autres apparitions privées), ils ont eu une attitude souvent équivoque (sans le condamner pour autant, contrairement à ce que dit La porte latine), à cause de leur mentalité mondaine de bourgeois (la plupart venaient de familles aristocratiques), privilégiant la diplomatie à la vérité et aux exigences divines (Léon XIII s'en est mordu les doigts sur son lit de mort, et Pie XII à propos des apparitions d'Heroldsbach, ce pape ayant nommé une commission d'enquête remplie de francs-maçons, plutôt que d'enquêter lui-même sur place et de se prononcer personnellement) ; et cela vaut pour d'autres révélations privées qui n'ont pas été suffisamment prises au sérieux, notamment les apparitions de Fatima demandant la consécration de la Russie au Coeur Immaculé, et toutes celles qui ont alerté sur le problème des péchés de luxure (ces péchés allaient précipiter la ruine de la chrétienté, mais les prêtres ne l'ont pas compris car eux-mêmes ont été négligents dans la pratique de cette vertu, et dans son enseignement) ;

NB : Les condamnations épiscopales contre les révélations privées ne sont pas infaillibles.

- Si la raison principale de l'hostilité du clergé de jadis à l'égard du Secret tient aux paroles de la Vierge sur les péchés d'impureté, la raison de l'hostilité de nombreux prêtres de la Fraternité, elle, tient au fait que la situation décrite par le Secret ne correspond pas à leur position sur la crise de l'Église (comme toutes les révélations privées ayant évoqué ce thème !) ; elle ne correspond d'ailleurs guère plus à la position sédévacantiste (en raison de l'idée du pape souffrant, préservé de la mort), mais étonnemment, les partisans de la vacance tentent de récupérer le Secret à leur profit ;

- Quand les prêtres et évêques de la tradition évoquent la crise de l'Église, ils prétendent tout expliquer par le concile Vatican II et la réforme liturgique, au point que leurs conférences sur le sujet ne varient jamais : ils disent toujours la même chose. Or, les doctrines erronées, molles et inconsistantes du concile, ainsi que leur matérialisation dans la liturgie (avec son caractère pauvre et protestantisé) sont une conséquence et non pas une cause de la crise : comme l'ont expliqué les exorcismes suisses, tout cela a été provoqué par les péchés d'impureté, ceux dont Notre-Dame de la Salette a parlé au tout début de son Secret, sachant qu'ils ont également été mentionnés par la petite Jacinthe de Fatima sur son lit de mort (elle a établi le lien avec la situation actuelle), et par de nombreuses apparitions privées qui ont été combattues par des évêques pharisaïques, juste avant le drame, dans la première moitié du vingtième siècle. À chaque fois, ces derniers ne donnaient aucun argument, se contentant de déclarer que le faits ne présentaient pas de caractère surnaturel, comme si toutes les révélations privées étaient automatiquement fausses. On parle ici de révélations crédibles, et non de Međugorje.

La musique et la liturgie expriment en quelque sorte l'âme d'un peuple : tout comme la musique exprime l'âme d'une nation, la liturgie exprime l'âme du peuple catholique. À cet égard, la pauvreté spirituelle abyssale de la messe moderne n'est que le reflet de l'état de la chrétienté, avec son avilissement et sa sensualité. On peut certes dire que la messe moderne participe au mal en corrompant les sources de la grâce ; mais cette liturgie est elle-même le résultat de l'abaissement moral des peuples chrétiens. Il faut donc y voir une conséquence plutôt qu'une cause.

 

 

1°) Les dix premiers paragraphes de l'article de La porte latine me paraissent sans reproche, autant que j'en puisse juger ; et Mgr Lefebvre avait raison de mettre en garde ses prêtres et fidèles contre ce déséquilibre spirituel qui consiste à fonder sa foi et sa pratique religieuse principalement sur les révélations privées. Cependant, à d'autres occasions, il a dit des choses inexactes qui sont enseignées depuis la Révolution française, voire depuis l'époque de Bossuet, où l'on a vu naître un certains mépris à l'égard des apparitions et révélations (à cause de l'affaire de Madame Guyon, une fausse mystique), doublé d'une forme de rationalisme dans la conception de la spiritualité : il est par exemple faux d'affirmer que le catholique n'a aucun devoir à l'égard des révélations privées, en ce sens que, comme l'explique le Père Eugène Poulain (à ne pas confondre avec le Père Auguste Poulain cité par l'abbé Gleize) la Révélation publique et la révélation privée ont en commun d'avoir Dieu pour auteur, et si leur autorité n'est pas la même, il faut l'entendre davantage en termes d'expression qu'en termes de substance : là où l'expression de la Révélation publique (sous la forme de la Bible) est garantie par l'inerrance, les révélations privées telles qu'elles sont rapportées par les âmes dites « privilégiées » ne font pas l'objet d'une telle garantie. Lorsque Dieu s'est manifesté à Abraham, ses révélations n'étaient pas contenues dans le Canon des Ecritures de la Synagogue ; et pourtant, il était tenu d'y croire comme si elles avaient déjà été écrites par Moïse. Certes, la différence avec aujourd'hui est que, depuis la mort de Saint Jean, la révélation est « close » ; mais si Dieu exprime sa volonté à un fidèle, un prêtre, un prélat, une Eglise locale ou toute l'Eglise d'une époque, ils ne sont pas moins tenus de s'y conformer, que si cet ordre était contenu dans les Ecritures. Sainte Catherine de Sienne rapporte par exemple être apparue à un prince pour lui dire de ne pas déclarer de guerre ; cet impudent a désobéi, et elle l'a vu par la suite en enfer, où elle s'est de nouveau manifestée en déclarant que s'il s'était conformé à son avertissement, il aurait fait partie des élus. On se gardera donc bien de désobéir à un ordre général ou particulier que Dieu donnerait à travers une révélation privée. A cet égard, les apparitions de Lourdes et celles de la Salette, notamment, offrent des exemples de personnes frappées de mort ou d'accidents fâcheux à cause de leur opposition et de leur incrédulité. Si Notre-Seigneur vous demande un jour de devenir religieux, de construire une chapelle ou toute autre chose, et que vous lui désobéissiez, vous commettriez une faute importante. Comme le disait Soeur Faustine : « celui qui connaît la volonté de Dieu et ne l'a fait pas, mérite d'être abandonné de Lui ». (NB : A l'égard des gens de la tradition qui prétendent que le Saint Office a réprouvé ses révélations, j'en profite pour dire que le cardinal Ottaviani s'est rétracté).

 

2°) Si les révélations privées ne font pas l'objet d'une même garantie que la Révélation publique, on ne doit logiquement pas exiger d'elles la même perfection ; or c'est ce que fait l'abbé Herrbach dans son livre « Des visions sur l'Evangile », et c'était déjà l'attitude de Bossuet, en particulier lorsqu'il a critiqué les révélations de Marie d'Agréda, s'ingéniant à énumérer le maximum d'erreurs possible et imaginable. Soit dit en passant, ce sont surtout les mauvaises traductions de cet ouvrage qui ont suscité une polémique ; mais mon but n'est pas ici de lancer un débat sur les écrits de cette mystique (dont personne ou presque n'ose contester la sainteté) : je veux uniquement faire remarquer qu'en exigeant la même perfection de la part des révélations privées, on les rejetterait toutes ; or il s'agit là d'une attitude impie et rationaliste (au sens large du terme).

 

3°) Comme l'admet l'abbé Herrbach lui-même dans son livre précité, lorsqu'une personne est sainte (ce qu'il ne conteste pas à propos de la Vénérable Anne-Catherine Emmerich), et lorsque des révélations lui sont authentiquement attribuées, il est très problématique de contester ces révélations, parce qu'elles sont en quelque sorte indissociables de sa sainteté. On ne parle pas ici d'ouvrages écrits sous l'impulsion personnelle d'un saint, comme ont pu le faire Saint Irénée ou Saint Thomas More, et qui ont été critiqués : on parle bien de révélations. Or, pour reprendre l'argumentation du Père Eugène Poulain dans son étude sur la découverte de la maison de la Sainte Vierge à Ephèse (qui s'est faite grâce aux révélations d'Anne-Catherine Emmerich), le Secret de la Salette est aussi indissociable des apparitions de la Salette que les révélations de la Vénérable Anne-Catherine Emmerich sont indissociables de la sainteté de cette dernière : ce que l'abbé Herrbach a compris, et cela aurait dû le décourager de publier son livre, ou le conduire à l'écrire différemment (en se contentant par exemple de parler du cas de Maria Valtorta). Malheureusement, les « erreurs » qu'il impute à la religieuse allemande sont, pour la grande majorité, des paralogismes de sa part ou même de pures inventions : par exemple, contrairement à ce qu'il affirme, elle n'a jamais dit que l'âme des enfants provenait des parents (ce qu'il qualifie d'hérésie originiste), elle a simplement dit que la vertu des parents a une influence sur l'enfant dès le sein maternel (ce qui n'a rien d'extravagant, et j'ai déjà entendu un prêtre de la Fraternité Saint Pie X le dire à juste titre) ! Les seules critiques fondées qu'il ait formulées portent soit sur des erreurs de durées ou de circonstances (la Vénérable a précisé elle-même qu'elle ne se souvenait plus exactement de tout ce que Notre-Seigneur lui avait rapporté), soit sur des éléments qui ne font pas vraiment l'objet de doctrines de foi ; or il faut rappeler qu'on n'est pas censé attendre la même perfection des révélations privées que de la Révélation publique. Lorsque je me trouvais sur la montagne de la Salette l'année dernière, j'ai croisé des jeunes du MJCF accompagnés de moines de Morgon, qui disaient que le Secret de la Salette avait été très combattu et l'était encore ; j'ai discuté avec eux, leur faisant remarquer que même au sein de la tradition, certains prêtres s'opposaient au Secret ; j'ai ajouté que c'était contradictoire car Dieu ne peut pas donner un témoignage discordant, en permettant qu'une fausse révélation "déteigne" sur l'apparition elle-même ; et ils ont approuvé mes propos. Encore une fois, je vous incite à lire à cet égard l'excellente préface du Père Eugène Poulain sur la découverte de la maison de la Sainte Vierge à Ephèse.

 

5°) Le Secret de la Salette n'a pas été condamné, comme le prétend l'abbé Gleize : les documents qu'il invoque sont soit des condamnations de certaines éditions particulières, soit des lettres privées n'engageant pas le Saint Office dans son ensemble, mais uniquement la personne privée qui les a rédigées (ce qui n'a quasiment aucune valeur juridique). Nous l'avons expliqué par le passé, et malheureusement des prêtres s'obstinent à le répéter, à l'exemple de l'abbé Ricossa, fondateur de l'IMBC. Au cours de mes articles, j'ai déjà eu l'occasion de dire que les prêtres de la tradition reçoivent rarement une vraie formation juridique, ce qui explique les erreurs ou imprécisions de certains de leurs articles, aussi bien dans la Fraternité Saint Pie X que chez les sédévacantistes, et tant dans les matières dogmatiques que dans les matières morales (j'y reviendrai).

 

6°) Si les documents rapportés par l'abbé Corteville sont véridiques (encore faut-il en avoir la certitude) La porte latine a raison de juger surprenant que les premières rédactions du Secret de la Salette diffèrent de façon si importante des rédactions postérieures, en termes de développement et de niveau d'expression. Pourtant, lorsqu'on étudie le Secret de la Salette dans sa forme la plus complète, on est forcé de constater que les symboles utilisés témoignent d'une connaissance de l'Apocalypse que n'avait pas Mélanie, et qui concordent de façon frappante avec les meilleurs commentaires : je pense en particulier au passage très important où Notre-Dame compare le clergé prévaricateur à des « étoiles errantes », traînées par la queue du dragon. Cette allusion au chapitre de XII de l'Apocalypse, dont je parlerai en détail dans un prochain documentaire vidéo, annonçait les brillantes analyses des auteurs les plus érudits de l'exégèse apocalyptique : 

 

« Les anges de saint Michel sont aussi les évêques et les prêtres fidèles, comme les suppôts de Satan sont aussi les chefs de la révolte. Ce combat se livre dans le Ciel, non dans le séjour des Bienheureux d'où Satan est exclu depuis des siècles, mais dans l'Église catholique qui est ici-bas le royaume du ciel ».

Père Gallois, L'Apocalypse de Saint Jean, 1895

 

 

« [Ce passage] est à entendre de l'apostasie des hommes, plutôt que de la chute des anges entraînés par la révolte de Lucifer »

Père Buzy, Nouveau Testament traduit du grec, 1956

 

 

« Le dragon est vu dans le ciel, qui est ici un symbole de l'Église, le royaume du ciel et de la terre. Cela indique que les premiers troubles de ces jours seront inaugurés dans l'Église par des évêques, prêtres et peuples apostats, les étoiles entraînées par la queue du dragon. »

 

Sylvester Berry, The Apocalypse of Saint John, 1921

 

 

« Les étoiles dans l'Apocalypse (I. 20), sont les évêques et les prêtres de l'Église. Cette chute des étoiles prédit donc une grande apostasie des évêques et des prêtres(...) » (p. 165) ; et : « Dans le langage scripturaire, le clergé est décrit par des étoiles. Daniel dit : « Ceux qui en auront instruit plusieurs dans la voie de la justice luiront comme des étoiles dans toute l'éternité » (XII. 3). Et d'Antiochus il dit : « Il monta jusqu'aux armées du ciel, fit tomber les plus forts, et une partie des étoiles, et les foula aux pieds ». Cela ne signifie pas le martyre des juifs pieux, mais plutôt le fait de les pousser à l'idolâtrie, car il dit encore : « Les impies prévaricateurs de l'alliance useront de déguisements et de fictions » [comme les modernistes] » (p. 281). « Ce verset [le verset 4 du chapitre XII] semble faire allusion à Isaïe (IX. 15-16). La queue est un symbole de mensonge et d'hypocrisie. À travers des doctrines et des principes faux, Satan trompera le clergé, qui sera devenu mondain(...) [le mondain n'étant autre que l'habitant de la terre]. »

Père Herman Bernard Kramer, The Book of Destiny, 1956

 

 

Comme je l'ai expliqué dans mon propre commentaire de l'Apocalypse, l'Eglise est décrite par une métaphore du ciel, appliquée dans l'Ancien Testament à la Synagogue, et reprise dans l'Apocalypse pour être appliquée à l'Eglise de la Nouvelle Alliance : les anges sont des évêques, les étoiles des prêtres, et le ciel, l'Eglise elle-même. Le chapitre 12 décrit la lutte finale, en deux étapes : le combat dans le ciel (c'est-à-dire dans l'Eglise), et le combat sur la terre, qui figure le règne de l'Antéchrist. Le combat dans le ciel constitue une période préparatoire, où l'Eglise est infiltrée par une secte diabolique (la franc-maçonnerie), ce qui fut préfiguré lors de la crise maccabéenne, avec l'infiltration du Temple de Jérusalem par la secte de Bilga, et la crise en deux étapes : l'opposition entre les Juifs modernistes et les Juifs conservateurs, l'usurpation du Temple par de faux pontifes (première phase), puis la persécution physique des Juifs par Antiochus Epiphane, principal préfigurateur de l'Antéchrist dans la Bible (deuxième phase). A cet égard, le combat dans le ciel entre les bons anges et les mauvais anges symbolise donc les affrontements entre évêques (les anges) lors du Concile Vatican II. Or, à l'issue du combat, les mauvais anges sont « rejetés du ciel », c'est-à-dire expulsés de l'Eglise (excommuniés). Mais par qui cette excommunication du clergé moderniste prévaricateur est-elle prononcée ? L'Apocalypse nous le révèle à travers cette phrase mystérieuse : « l'accusateur a été rejeté », allusion au Livre de Zacharie, où le Pontife Jésus revient pour restaurer la théocratie pontificale, après la Captivité babylonienne (comprenne qui pourra).

 

Ce n'est qu'un exemple de la profondeur des symboles contenus dans le Secret de la Salette...

 

 

7°) L'abbé Gleize fait valoir que le Secret comporte des affirmations contraires à la Révélation publique, notamment sur la chronologie de la fin du monde, en évoquant un renouvellement et une restauration de la foi qui ne correspondraient pas à l'enseignement des Écritures. A vrai dire, cette question avait déjà été évoquée par Saint Augustin, qui tendait à rejeter une telle hypothèse, pour les raisons suivantes (telles qu'il les exposait) :

 

- Notre-Seigneur reviendra pour « juger les vivants et les morts », et il reviendra aussi pour « anéantir l'Antéchrist de sa bouche ».

 

- Or il n'y aura pas trois avènements, mais un seul autre que celui de Sa Naissance.

 

- Donc le Jugement Dernier et l'anéantissement de l'Antéchrist doivent concorder.

 

J'avais déjà discuté de cela avec mon frère, en lui citant cet argument de Saint Augustin, à propos des révélations de Marie des Vallées, fille spirituelle de Saint Jean Eudes, morte en odeur de sainteté ; et suite à notre discussion j'avais compris que le sujet était plus complexe qu'il n'y paraissait, contrairement à ce qu'a pu croire Saint Augustin : car sauf erreur de ma part, il ne semble pas de foi que Notre-Seigneur doive apparaître en personne pour anéantir l'Antéchrist ; donc il peut y avoir un délai entre la mort de l'Antéchrist et le Jugement Dernier. A cet égard, certaines révélations affirment que Dieu fera éclater son triomphe dès cette terre, afin que personne ne puisse dire que les serviteurs du diable ont triomphé ici bas. Pour ma part, je n'ai pas de certitude, mais je penche pour cette idée.

 

 

8°) Un autre reproche formulé par l'abbé Gleize, à l'encontre du contenu du Secret de la Salette, porte sur cette phrase : « Rome perdra la foi et deviendra le Siège de l'Antéchrist ». Comme vous le savez ou non, Saint Robert Bellarmin et d'autres écrivains ecclésiastiques, jusqu'à aujourd'hui, se sont posé la question de savoir s'il était possible que Rome apostasie, et de quelle manière il faudrait entendre cette apostasie. Or, cette question est intimement liée à notre cause (je l'ai déjà expliqué à plusieurs reprises), et ce n'est pas un hasard si les commentateurs de l'Apocalypse rapportés par Cornélius a Lapide ont écrit qu'à la fin des temps, le pape s'exilerait de Rome : cette idée découle de la doctrine de l'indéfectibilité de l'Eglise locale de Rome, qui suppose nécessairement qu'en cas de défection du clergé romain, le pape fuie, sauvegardant à lui seul la foi romaine et la succession apostolique : d'où l'impossibilité, là encore, de proposer une autre solution que la survie du Pape Paul VI, qui ne contredit aucun des caractères de la Constitution Divine ni aucune des doctrines de la foi, contrairement à toutes les autres positions théologiques. Il ne s'agit pas d'un transfert du siège, la cathedra petri étant attachée au Siège de Rome ; mais on parle de translation de l'Eglise, comme ce fut le cas lors de l'exil des papes à Avignon.

 

En l'absence de pape, le clergé romain dans son ensemble (en tant que personne morale), ne pourrait pas faire défection : sous ce rapport, l'abbé Gleize a raison de dire que le sédévacantisme est une hérésie ; mais ce n'est pas seulement une hérésie à l'égard de l'indéfectibilité de l'Eglise universelle, c'en est une à l'égard de cette doctrine méconnue qu'est l'indéfectibilité de l'Eglise particulière de Rome, que Mgr Fenton avait brillamment exposée dans un écrit que j'ai traduit intégralement. L'article de La porte latine manque de précision, car il ne mentionne pas cette doctrine. De surcroît, le reproche qu'on peut formuler à cet égard à l'encontre du sédévacantisme, vaut aussi - au moins en partie - pour la position de la Fraternité Saint Pie X, qui consiste à dire que le pape et tout le clergé romain n'enseignent plus la vraie foi ni même la morale : cette idée s'oppose à l'indéfectibilité de l'Eglise universelle et à l'indéfectibilité de l'Eglise particulière de Rome (l'indéfectibilité suppose et inclut l'infaillibilité) ; et nous avons par ailleurs déjà eu l'occasion de rappeler que même en l'absence d'infaillibilité stricte (question distincte de l'indéfectibilité), le pape ne peut pas enseigner des erreurs graves sur la foi ou la morale, comme l'a fait Bergoglio en déclant que les adultères publics pouvaient communier : il faut bien distinguer l'infaillibilité au sens restreint qui exclut toute erreur théologique (c'est uniquement en ce sens qu'on parle proprement d'infaillibilité), et l'infaillibilité au sens large que les théologiens désignent de façon imparfaite sous le vocable de la « sécurité infaillible », excluant uniquement les erreurs graves, et qui s'applique à n'importe quel acte du magistère authentique. A ce titre, il n'est pas exact de dire que le concile Vatican II contient « des erreurs graves » : c'est théologiquement impossible. Les textes de Vatican II sont évidemment problématiques, mais comme l'avait bien expliqué Mgr Fenton dans un article sur le sujet à l'époque (avant même la clôture du concile), vu la tournure des débats et la puissance du parti moderniste la dernière arme était de faire confiance à Dieu, car la providence divine ne permettrait pas 1°) que les textes conciliaires contiennent des déterminations irrévocables (proprement infaillibles) - ou bien la providence le permettrait, mais ces doctrines seraient orthodoxes ; et 2°) Dieu ne permettrait pas non plus que les documents contiennent des erreurs trompant gravement les fidèles sur la foi ou les moeurs. En d'autres termes, vous n'allez pas changer de religion ou sombrer dans l'hérésie en lisant les textes du concile (aussi blâmables soient-ils) ; à l'inverse, lorsque Bergoglio enseigne aux évêques argentins que les adultères publics peuvent communier, et ce dans une lettre intégrée au « magistère » (de la fausse Eglise, en réalité !), c'est théologiquement impossible de la part d'un vrai pape.

 

L'indéfectibilité et l'infaillibilité sont deux questions distinctes mais étroitement liées...

 

 

9°) Comme le reconnaît l'abbé Gleize, l'une des principales raisons de l'opposition massive d'une partie notable du clergé contre le Secret de la Salette, ce sont les paroles de la Vierge sur l'impureté des prêtres, dès le début du texte, que le même abbé juge complètement dissonantes par rapport à l'époque considérée ; or à cet égard il faut dire plusieurs choses :

 

- Les paroles de Notre-Dame relèvent du style prophétique, caractérisé par les généralisations, comme c'est le cas dans plusieurs passages de la Bible, notamment les prophéties de Jérémie ; cela sert à conférer un effet de puissance au texte, qui ressemble à une suite d'aphorismes ;

 

- Le Secret de la Salette n'était pas principalement destiné à l'époque du Pape Pie IX, mais à notre époque à nous : les événements du XIXème siècle, avec la persécution de la franc-maçonnerie contre le Vatican et contre le pape, ne constituent qu'une préfiguration, dans le Secret, des événements actuels qui se reproduisent sous une autre forme, avec l'infiltration du Vatican par la franc-maçonnerie. Eric Faure l'a expliqué notamment ici dans nos vidéos à la Salette : (cliquez pour voir la vidéo). D'où le fait que Mélanie ait dit à propos du Pape souffrant « son successeur ne régnera pas longtemps », afin de bien marquer que ce pape n'était pas Pie IX, dont le successeur, Léon XIII, a régné très longtemps ;

 

- Même à cette époque le clergé n'était pas si propre que le prétend La porte latine, comme le relève l'opuscule « Une défense du Secret de la Salette » (1946), de Jean-Baptiste Wilfrid.

 

- Il y a une raison profonde au fait que la Sainte Vierge mentionne les péchés d'impureté des prêtres juste avant de décrire la grande apostasie : elle a voulu établir un lien entre les deux. Comme je l'ai expliqué en introduction, si Notre-Dame a parlé des péchés d'impureté dès le début de son Secret, c'est pour montrer l'importance de ce problème, que même nos milieux de la tradition mésestiment totalement, ne s'apercevant pas de son lien avec la crise de l'Église (je vais en parler dans le paragraphe qui suit).

 

 

10°) De nombreuses apparitions et révélations privées, au XXème siècle, ont évoqué le problème des péchés sexuels et la ruine qu'ils allaient causer dans l'Église ; or les prêtres et évêques ont réagi comme l'abbé Gleize ici, par la perplexité, quand ce ne fut pas l'hostilité pure et simple.

 

Le Père Martin, par ailleurs fort mal inspiré, écrit dans son « Précis théologique et canonique » (1945) :

 

« L'onanisme des époux est très répandu. Il n'est pas de confesseur qui ne l'ait constaté. Nous en avons d'ailleurs une preuve évidente dans l'abaissement effrayant du taux de natalité depuis une cinquantaine d'années dans la plupart des nations du monde.

 

« Voici par exemple, pour la France et quelques pays voisins, le nombre des naissances par 10 000 habitants :

 

 

  1901 1913 1920 1930 1933 1937
France 214 190 214 180 163 147
Allemagne 356 275 259 175 147 183
Angleterre 287 241 254 163 144 153
Belgique 289 216 226 186 165 152
Italie 333 317 318 260 235 229

 

« En France, depuis 1935 jusqu'à la guerre de 1939, le nombre des décès l'a emporté sur celui des naissances (de 34 741 en 1938) et la population n'a augmenté que par l'afflux des étrangers.

 

« Les pratiques anticonceptionnelles, auxquelles il faut joindre les manoeuvres abortives, sont pour une très large part dans cette dénatalité, à laquelle seul le retour à une vraie vie chrétienne aidée par une législation franchement familiale pourra porter remède. »

 

Seulement, ce même Père Martin, dans un autre passage de son ouvrage, nous explique que c'est seulement un péché véniel de pratiquer le lambere genitalia (je vous laisse aller sur google traduction pour voir la signification), ou d'autres actes semblables. Voilà la « théologie morale » de plusieurs prêtres du XXème siècle... À cette vue, comment s'étonner des désordres tels que l'onanisme ? Lorsque qu'un prêtre n'enseigne plus la pureté dans toutes ses exigences (ni même dans ses exigences minimales), c'est fréquemment le reflet de son état spirituel : on ne peut pas enseigner une vertu qu'on ne possède pas. D'où les paroles de Notre-Dame de la Salette, qualifiant les prêtres de « cloaques d'impureté ».

 

Les prêtres qui enseignent de telles doctrines morales s'imaginent-ils en présence de Notre-Seigneur ? Ils devraient s'imaginer l'avoir connu lorsqu'Il s'est manifesté aux hommes, dans la terre de Juda, et lui avoir parlé face à face. Auraient-ils osé alors enseigner devant lui de semblables choses ?

 

Même au sein de nos milieux, on m'a rapporté plusieurs exemples d'enseignements scandaleux, encore pires que ceux du Père Martin précédemment cité ; et certains fidèles ne s'en choquent aucunement. Ce sont des catholiques mondains pour qui la morale est en quelque sorte accessoire, surtout en matière de chasteté conjugale. On constate aisément à cet égard qu'il y a beaucoup moins de rigueur sur les questions morales que sur la foi.

 

A propos des affaires de moeurs comme celle dont nous venons d'entendre parler en Vendée, mon frère disait que la responsabilité n'incombait pas uniquement au coupable direct, mais à tous ceux qui ont vécu dans le vice, y compris les gens mariés : parce qu'ils entretiennent le péché, et l'impureté comporte une réplication du vice, comme je l'ai déjà expliqué. A partir du moment où l'on dissocie la sexualité de la procréation, c'est la porte ouverte à toutes les abominations.

 

Au cours des derniers siècles, la discipline de l'Église et l'enseignement du clergé en matière de morale conjugale ont décliné de plus en plus, ce dont les prêtres de la tradition ne parlent jamais dans leurs conférences ; or il y a un parallèle étroit entre ce déclin et le déclin de l'Église elle-même. Dom Guéranger s'était intéressé à la déchéance disciplinaire dans le domaine du Carême, sans se soucier de la question bien plus importante de celle de la morale conjugale : c'est, systématiquement, LE sujet négligé, et les mystiques en parlent beaucoup plus que les prêtres. De nombreux prêtres et prédicateurs n'osent pas en parler, comme s'il ne fallait pas toucher à cette matière, de peur de se salir ; pire, ils n'instruisent pas convenablement les fiancés lors des préparations au mariage, ce que dénonçait Soeur de la Nativité. Ils ressemblent à ces parents qui ne donnent AUCUNE éducation à la pureté à leurs enfants (les théologiens enseignent que cette omission est une faute mortelle).

 

La petite Jacinthe de Fatima, peu de temps avant de mourir (en 1920), reçut de la Vierge une prophétie annonçant que les « péchés d'impureté » allaient causer « de grands châtiments » en 1972, soit l'année même du remplacement de Paul VI par un sosie. La Vierge ne mentionne même pas le modernisme, comme dans les nombreuses autres apparitions privées ; elle mentionne les péchés sexuels, tout simplement parce que le modernisme n'en est que la conséquence. L'hérésie vient de la dépravation du coeur : Martin Luther est devenu hérétique à cause de l'impureté. C'est la raison pour laquelle le modernisme a rarement été évoqué dans les révélations privées, il a rarement été prophétisé, ou d'une façon assez floue (Teresa Musco, une stigmatisée italienne, a reçu quelques messages de la Vierge en ce sens). Il faut voir les événements avec le regard de Dieu : le point de départ de la crise pour Notre-Dame de Fatima, ce n'est pas Vatican II, c'est l'usurpation du Vatican lors du remplacement de Paul VI par un sosie, en 1972. On peut dire que suite à leurs péchés d'impureté les catholiques ont perdu le droit d'être gouvernés par un pape légitime, et Dieu les a soumis à ceux qui tuent leurs âmes, à cause de la rébellion de la chair contre l'esprit.

 

La petite Jacinthe de Fatima confia son secret à Mère Marie Godinho, la religieuse qui l'assistait. Cette dernière rapporta la prophétie dans une lettre à Pie XII du 25 avril 1954 :

 

« Je suis la marraine de Jacinta Marto, la voyante de Fatima, qui m'a confié le secret suivant, que j'ai religieusement gardé de nombreuses années, mais maintenant que je sens la mort approcher, je désire le communiquer à Votre Sainteté. Sous serment, je guarantis que ce que je dis exprime purement et simplement ce que j'ai entendu d'elle, et ce qui forme mon secret. Voici la partie essentielle : "Mère, dites au Saint-Père que le monde est troublé et que Notre-Dame ne peut plus retenir le bras de Son Fils bien-aimé, Qui est très offensé par les péchés commis dans le monde. Si toutefois le monde se décide à la pénitence, Elle viendra de nouveau à son aide, mais sinon, le châtiment le frappera infailliblement, du fait de son manque d'obéissance envers le Saint-Père".

« Jacinthe me pria ensuite de dire au Saint-Père et à Son Excellence, l'évêque de Leiria, que la maison que je dois occuper à Fatima doit être appelée "la Maison de Notre-Dame du Rosaire de Fatima", et que les sœurs de cet ordre, après leur approbation, doivent prendre le nom de "Soeurs Clarétaines de Mère Maria da Costa", et rester unies au Vatican pour se préparer à l'année 1972, car les péchés d'impureté, de vanité et d'excessive opulence [de faste, de luxe] apporteront de grands châtiments au monde, qui causeront de grandes souffrances au Saint-Père. »

 

Les péchés « d'impureté et de désobéissance » font allusion au rejet de l'encyclique Humanae Vitae par les catholiques, en 1968 ; et la vanité et l'opulence font référence au confort moderne de l'après-guerre, avec l'idéologie hédoniste américaine. Quatre ans plus tard, « en l'année 1972 », PAUL VI prononça son discours sur les fumées de Satan et fut remplacé par un sosie : c'est précisément à cette date que se place l'année de l'affaire du sosie. Mais Frère Michel de la Trinité, le fameux historien des apparitions de Fatima, ne l'a pas compris quand il a écrit le troisième tome ! A ce qu'on m'a rapporté il semble qu'il l'ait compris par la suite, mais il n'a pas pu en parler car l'abbé de Nantes y était hostile : d'où le fait que le quatrième tome (incohérent) ait été rédigé par un autre religieux !

Les exorcismes de Rita B. (dont le fils est devenu prêtre dans la FSSPX) ont dit explicitement que la cause de la crise actuelle se trouvait dans les péchés d'impureté, et que les doctrines molles et inconsistantes de Vatican II étaient le produit de cette humanité spirituellement famélique, abrutie par la luxure. Ce n'est pas un hasard si Dieu a voulu que le premier exorcisme eût lieu, symboliquement, dans la chapelle de Montichiari, là où la Vierge était apparue pour dénoncer ces péchés, en 1947 ; mais cela fait partie des apparitions contre lesquelles les évêques pharisaïques sont partis en guerre, précipitant la ruine de l'Église.

« La pureté défaillante est la raison principale de la décadence de l'Église D = Pourquoi coule-t-il si peu de grâces et pourquoi l'Église a pu déchoir pour ainsi dire à ce point-là ? Car avant qu'elle puisse ressusciter, elle est bientôt, actuellement, comme une prostituée... Il me faut dire, comme le Très-Haut m'y oblige, qu'il y a une raison principale à cet état de choses : c'est que les prêtres ne veulent plus vivre la sainte Pureté, ne la vivent plus. Cela commence naturellement chez votre faux chef, Jean-Paul II, le "guide", tout au moins qu'il devrait être... [Les exorcismes suisses ont révélé ailleurs que l'antipape Jean-Paul II péchait en secret avec des femmes]. Cela commence déjà là et descend aux cardinaux francs-maçons, qui naturellement ne vivent cette vertu en aucune façon, et cela continue jusqu'aux évêques, puis jusqu'aux prêtres. Et qui montre encore en exemple cette haute vertu aux fidèles ?... Comment les fidèles peuvent-ils être encore disposés à vivre cette vertu, si le prêtre lui-même n'est plus prêt à la vivre et ne la prêche plus du haut de la chaire ? Et comment peut-il prêcher pour que les fidèles se donnent à la Très-Haute, se consacrent à Elle et au Christ-Roi, gardent Sa Pureté et aiment la vertu s'il ne l'a pas gardée lui-même et s'il ne vit pas la vertu en général ? Même s'il prêche cela, s'il le prêchait encore, cela ne pourrait plus enflammer les cœurs des fidèles car le peuple sent bien s'il vit ou non la vertu. »

Exorcisme du 13 octobre 1986

 

Aujourd'hui, la morale enseignée par les prêtres en matière de chasteté conjugale ne diffère pas de celle des musulmans, quand elle n'est pas pire : ils interdisent uniquement les actes directement contre-nature, et permettent des pratiques que les mahométans s'interdisent, comme l'usage du mariage en période menstruelle. Jadis, les théologiens les plus approuvés (dont Saint Thomas), et la plupart des moralistes du Moyen-Âge, qualifiaient cet acte de péché mortel.

En réalité, les péchés sexuels ne se limitent pas aux actes directement et proprement contre-nature :

- on pèche soit directement contre la nature (en frustrant l'acte de sa fin naturelle) ;

- soit indirectement, par un comportement indigne de notre nature (il s'agit alors du mode, des circonstances : impétuosité, positions obscènes et non justifiées, attitudes ou paroles gravement irrespectueuses,etc.).

J'en ai déjà parlé en citant Saint Thomas et les autres théologiens du Moyen-Âge :

« Les relations conjugales sont contraires à la nature soit quand elles font fi du vase naturel, soit encore lorsqu'elles font fi de la position conforme à la nature. Dans le premier cas, c'est toujours un péché mortel, car aucune génération ne peut en résulter, de telle sorte que la fin naturelle est entièrement frustrée. Mais dans le second cas, ce n'est pas toujours un péché mortel, comme le disent certains, bien que cela puisse être le signe d'une passion mortellement peccamineuse ; parfois ces positions peuvent être adoptées sans péché, quand la conformation corporelle des époux ne permet pas d'autre méthode. De façon générale, plus les positions s'éloignent de la manière naturelle, plus le péché est sérieux » (Libros Sententiarum, IV, 31, 2, 3).1

 

Guillaume Perault (1190-1271) emploie la même distinction, évoquant d'une part les péchés contre-nature « selon la substance » (cas de la sodomie, fellation, masturbation,etc.) et d'autre part les péchés contre-nature « selon la manière, comme quand une femme monte [sur son mari] » (cas des positions libidineuses).2 Son œuvre faisait référence ; elle constitue la base de nombreux ouvrages de théologie morale.

 

1 Il n'est nul hasard si le « théologien » moderniste Arnaud Dumouch a laissé de côté ce passage dans sa traduction des œuvres de Saint Thomas disponible en ligne sur internet : ce passage n'a pas été traduit ! Le webmaster du site « Jésus Marie » (l'abbé Pagès ?) s'est livré au même genre de censure dans sa transcription de deux livres de théologie morale. Les chrétiens d'aujourd'hui ne veulent pas qu'il soit dit que la morale réprouve les positions sexuelles indécentes...

2 Summa de virtutibus et vitiis.

Saint Albert le Grand (1206-1280), docteur de l'Eglise, a dit la même chose que Saint Thomas : « La nature enseigne que la manière naturelle est celle où la femme est couchée sur le dos pendant que le mari repose sur son ventre » (Commentarii in IV Sententiarum Dist. XXIII-L).

 

Saint Thomas et Saint Albert le Grand ne sont évidemment pas les seuls théologiens à avoir réprouvé les positions sexuelles libidineuses : Burchard de Worms (965-1025) dans son célèbre pénitientiel1, Saint Pierre Damien (1007-1072)2 Gérard de Crémone (1114-1187)3, Johannes Teutonicus (1180-1252), Alexandre de Hales (1185-1245), Pierre de la Palu (1275-1342)4, Saint Antonin (1369-1459)5, Thomas Sanchez, le Père Féline6, notamment, ont dénoncé ces actes.

 

1 Décret, Livre XIX, cap. 5. « Tu t'es accouplé avec ton épouse ou avec une autre par derrière, à la manière des chiens ? Si tu l'as fait, ta pénitence sera de dix jours au pain et à l'eau ».

2 Liber Gomorrhianus.

3 Canon de médecine.

4 Commentaire sur les Sentences (d. XXXI, q. 3, art. 2, 5°) : « Certains disent(...)que l'homme qui connaît sa femme d'une manière innacoutumée, même dans le vase naturel, pèchent mortellement, si cela est fait pour rechercher une plus grande volupté ».

5 De matrimonio, chap. 20, « L'acte conjugal ». La position naturelle y est décrite comme celle où « la femme repose sur le dos et l'homme monte sur son ventre, cette méthode étant plus adaptée à la conception que les autres. Si l'on s'éloigne de cette méthode et que l'homme est couvert par la femme (quand elle lui monte dessus), plusieurs disent qu'il s'agit d'un péché mortel ».

6Catéchisme des gens mariés.

 

On peut résumer de la manière suivante le déclin de la discipline et de la morale enseignée par les prêtres en matière de chasteté conjugale :

- A partir de la Renaissance, beaucoup de moralistes sont devenus moins rigoureux, notamment à propos de l'usage du mariage pendant les menstruations ; ils ont eu une vision plus décomplexée du mariage et de ses devoirs ;

- Dès la première moitié du XXème siècle, de plus en plus de théologiens se sont mis à enseigner des immoralités, et nombre d'entre eux ont totalement laissé de côté les questions telles que les "positions sexuelles", que Saint Thomas appelle le mode de l'accouplement ; mais il faut noter que même le Père Martin précédemment cité en a parlé et a réprouvé les positions libidineuses, malgré certaines immoralités dans son livre (donc certains moralistes du XXème siècle ont continué d'évoquer ce sujet) ;

- À partir de la réforme liturgique (en 1970 précisément), la mention invitant les époux à s'abstenir du mariage trois jours avant de communier a été supprimée du catéchisme romain, et personne n'en parle jamais, comme s'il s'agissait d'un détail sans importance. Or il s'agit d'un conseil séculaire, pratiqué depuis le Moyen-Âge au minimum (Saint Jérôme, dans les premiers siècles, recommandait déjà les périodes d'abstinence avant la communion), qui exerçait les chrétiens à la retenue. Certains saints tels que St. Bernardin de Sienne ont exagéré en affirmant que sa violation constituait un péché mortel, mais leur prédication a eu au moins le mérite d'inciter les fidèles à la tempérance. A l'inverse, la suppression de ce conseil dans le catéchisme romain (rédigé suite au Concile de Trente) a produit l'effet contraire. Daniel G. Van Slyke, qui n'est probablement pas traditionaliste, a relaté ce fait de façon très précise dans un article de 2016, non pas pour s'en moquer comme le font presque systématiquement les catholiques en parlant de la discipline ancienne (sans s'apercevoir de leur indigence morale), mais pour dire que les catholiques d'aujourd'hui devraient prendre cela plus au sérieux.

- Dans la logique de ce relâchement disciplinaire, du démantèlement de toutes les digues qui canalisaient les vices de la populace, beaucoup de prêtres des années 50-60 se sont mis à enseigner la légitimité de la contraception.

Comme le disait mon frère, le fait d'enseigner aux fidèles que l'usage du mariage pendant les menstruations n'est qu'un péché véniel, c'était déjà ouvrir une voie large à l'intempérance en termes de FRÉQUENCE, car la rupture de cette digue permet aux gens d'user sans retenue de l'acte conjugal, au lieu de respecter la nature en s'abstenant - chaque mois - durant toute cette période.

Or, non seulement les mauvais théologiens ont rompu cette digue en matière de fréquence, mais ils ont touché au MODE et aux circonstances de l'acte, en devenant de moins en moins sévères, contrairement aux moralistes du Moyen-Âge tels que Saint Thomas et Saint Albert le Grand, qui blâmaient sévèrement ce que le docteur angélique appelait « les pratiques bestiales et abominables » (s'unir comme les chiens, par exemple), même en l'absence de péchés directement contre-nature.

Aujourd'hui ces considérations sont tournées en dérision (même dans nos milieux), parce que l'humanité a atteint un tel degré d'abaissement que le mal devient un bien et le bien un mal : toutes les exigences morales tombent. Tout ce qui était jadis considéré comme immoral même par les païens et les non-catholiques (ceux qui ne pratiquent pas ou peu) devient parfaitement normal jusque dans la tradition, aux yeux des prêtres et aux yeux des laïques.

Voilà, à grands traits, le tableau du lent déclin de la discipline et de l'enseignement en matière de morale conjugale, avec leur résultat.

11°) Comme nous l'avons dit au début de cet article, Mgr Lefebvre lui-même croyait au Secret de la Salette. Cela embarasse beaucoup l'abbé Gleize, qui cherche à évacuer cette gêne d'une manière assez comique :

 

« Dans le sermon des sacres du 30 juin 1988, Mgr Lefebvre cite cette prophétie de La Salette, mais il évite de mentionner l’expression que Mélanie attribue à la Sainte Vierge. Il se contente de dire : "La Sainte Vierge a annoncé comme une éclipse à Rome, une éclipse dans la foi." Cette réserve, venue de la part d’un pasteur dont le recul du temps ne fait qu’accréditer la sagesse, devrait nous donner matière à grande réflexion. »

 

En réalité, voici les paroles exactes de Mgr Lefebvre :

 

« Vous connaissez bien les apparitions de la Salette, où Notre-Dame dit que Rome perdra la foi, qu'il y aura une éclipse à Rome, éclipse... voyez ce que ça peut signifier de la part de la Très Sainte Vierge. »

 

Trois semaines avant sa mort, dans sa dernière publication, le prélat fait de nouveau allusion au Secret de la Salette :

 

« Ce regroupement jette une lumière tellement fulgurante sur la Révolution doctrinale inaugurée officiellement dans l’Église par le Concile et continuée jusqu’à nos jours qu’on ne peut s’empêcher de penser au “Siège d’iniquité” prédit par Léon XIII, ou à la perte de la foi de Rome prédite par Notre Dame à la Salette. »

 

Même si Mgr Lefebvre ne cite pas littéralement les paroles de la Vierge, l'expression « Rome perdra la foi » est sans équivoque. Il ne manquait plus que la seconde partie de la phrase, qui déplaît tant à l'abbé Gleize : « et deviendra le siège de l'Antéchrist ».

 

Pour clore cet article, je dirai une dernière chose : en s'opposant trop souvent aux révélations privées (par exemple celles de la Vénérable Anne-Catherine Emmerich), les prêtres de la tradition ont privé les fidèles de beaucoup de grâces, surtout les jeunes, dont la foi et les moeurs sont fragiles. Dans un vieil ouvrage d'histoire ecclésiastique que je possède chez moi, les révélations de la Vénérable sont qualifiées de « trésor pour l'Eglise » ; elles contiennent de précieux enseignements sur la pureté, et l'ouvrage « Les mystères de l'Ancienne Alliance » est l'un des plus beaux qui aient été écrits sur terre.

 

Au cours des deux derniers siècles, Dieu est apparu à des enfants afin de manifester l'importance de la pureté, et le lien entre le délabrement actuel de l'Église et les péchés d'impureté. Une humanité qui idolâtre la chair ne peut pas aimer Notre-Seigneur Jésus-Christ.

 

Dans une vidéo en préparation, j'expliquerai le sens précis des paroles de la Vierge à la Salette :

 

« Les chefs, les conducteurs du peuple de Dieu ont négligé la prière et la pénitence et le démon a obscurci leurs intelligences. Ils sont devenus ces étoiles errantes que le vieux diable traînera avec sa queue pour les faire périr. »

 

En imitant Bossuet dans cette attitude de rejet systématique vis-à-vis des révélations privées (même quand elles sont vraies, contrairement aux fausses révélations de Madame Guyon), le clergé des derniers siècles a perdu le sens eschatologique, à l'image de l'évêque de Meaux qui a eu une interprétation plate et moderniste de l'Apocalypse, principalement spirituelle, faisant fi de toute portée eschatologique. D'où l'aveuglement d'un certain nombre de prêtres sur la fraude actuelle du "coronavirus", dont le but n'est rien d'autre que de réduire l'humanité en esclavage, et dont la muselière constitue un symbole éclatant : mais ils ne s'en aperçoivent pas ou n'en mesurent pas l'étendue.

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