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In Nomine Domini

In Nomine Domini

« Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jean XVIII. 37)


Une hérésie sédévacantiste, sur l'Ecclesia docens

Publié par Jean-Baptiste sur 22 Septembre 2016, 20:14pm

Je vous ai déjà parlé d'une hérésie sédévacantiste selon laquelle il n'y aurait plus, aujourd'hui, d'Église enseignante en acte. Elle est enseignée par plusieurs prêtres sédévacantistes, aussi bien en France qu'à l'étranger. On peut citer tous les prêtres guérardiens (l'abbé Belmont, notamment), mais encore le Père Joseph-Marie, l'abbé Grossin, et aux États-Unis Mgr Sanborn et l'abbé Cekada (parmi bien d'autres). Il existe également des fidèles lefebvristes qui le disent, et qui prétendent que nos prêtres traditionalistes "n'ont pas de juridiction" ; or si tel était le cas, nous ne serions qu'une secte schismatique. Les chrétiens ont perdu la raison pour enseigner des doctrines aussi insensées...

Dans un récent sermon, le Père Joseph Marie n'hésite pas à dire qu'il n'existe plus "de pape formel, d'évêques, ni de curés" :

(cliquez ci-dessus pour télécharger l'extrait du sermon en question)

Dans ce même sermon, le Père Joseph Marie prétend que la Fraternité Saint Pie X n'a pas la foi, qu'elle contredit la doctrine catholique, et qu'elle n'est pas fidèle, tandis que les prêtres sédévacantistes, eux, seraient "intégralement fidèles".

Or, le problème est que les sédévacantistes - et le Père Joseph Marie en fait partie - enseignent des doctrines qui dans l'ensemble, sont pires que celles de la Fraternité. Je ne veux pas dire par là que la Fraternité n'enseigne pas la foi catholique ; je veux dire que sa position théologique face à la crise de l'Église n'est pas bonne, et contredit l'infaillibilité pontificale (le Père Joseph Marie a raison sous cet aspect). CEPENDANT, la position des sédévacantistes contredit ELLE AUSSI l'infaillibilité pontificale, mais pire encore, elle contredit d'autres doctrines, et notamment l'indéfectibilité de l'Église universelle (et du clergé romain). Donc le Père Joseph Marie fait la même chose que la Fraternité Saint Pie X : il contredit lui aussi la Constitution divine de l'Église. La différence est que les prêtres lefebvristes, eux, ne passent pas leur temps à critiquer les sédévacantistes. Pour tout dire, depuis que j'assiste à la Messe dans une chapelle lefebvriste, je ne les ai même jamais entendu critiquer les sédévacantistes ; et lorsque nous avons dit que nous assistions auparavant à la Messe dans un prieuré sédévacantiste, les prêtres ne nous l'ont pas reproché. De même, chez la Fraternité on se garde bien d'obliger les fidèles à partager la position théologique de Mgr Fellay (il en est tout autrement des prêtres et des religieux, ça je vous l'accorde : eux sont chassés sans merci lorsqu'ils sont ouvertement opposés au ralliement).

Mais revenons à nos moutons : pourquoi l'affirmation du Père Joseph Marie est-elle une hérésie ? À vrai dire je l'ai expliqué de nombreuses fois, et notamment dans mon ouvrage "La survie de Paul VI : une certitude de foi". Il est tout simplement impossible que la hiérarchie catholique et la juridiction ordinaire disparaissent ; car avec elles disparaîtrait l'authentique témoignage. L'Église catholique est UNE, composée de l'Ecclesia discens (Église enseignée), et de l'Ecclesia docens (Église enseignante). Si l'une des deux composantes s'éteignait (en l'occurrence l'Église enseignante), l'Église catholique ne serait plus une. Et l'Église enseignante ne peut pas subsister au titre de simple potentialité (matériellement), car la visibilité de l'Église est matérielle et formelle : donc l'Église authentique aura toujours non seulement la simple succession épiscopale, mais la juridiction transmise par le Pape à ses subordonnés dans l'épiscopat (les cardinaux et évêques titulaires). Si un pape pouvait faire défection (ce qui est contredit par la promesse du Christ à St. Pierre) ou si l'élu d'un conclave régulier pouvait être un antipape, il n'y aurait plus de sécurité dans la transmission de la juridiction, car il n'existerait plus de certitude infaillible sur la personne détentrice de l'autorité suprême ; or c'est le Pape qui transmet la juridiction.

De toute façon, l'affirmation du Père Joseph Marie a été condamnée par l'encyclique du Pape Pie IX contre la secte des Vieux Catholiques : donc elle est impossible à tenir.

 

Encyclique Etsi multa luctuosaen :

« ... Puisqu’ils cherchent à prendre au piège le Pontife romain et les évêques, successeurs de Saint Pierre et des Apôtres et à ruiner la réalité du pouvoir de juridiction en le transférant au peuple ou, comme ils disent, à la communauté; puisqu’ils rejettent et attaquent obstinément le magistère infaillible du Pontife romain d’une part, de toute l’Église enseignante d’autre part; et puisqu’ils affirment avec une audace incroyable, et en cela ils pèchent contre l’Esprit-Saint promis par le Christ à son Église pour qu’il demeure toujours en elle, que le Pontife romain ainsi que tous les évêques, les prêtres, les peuples unis à lui dans une même communion, sont tombés dans l’hérésie quand ils ont ratifié et reconnu publiquement les définitions du Concile œcuménique du Vatican : c’est donc l’indéfectibilité même de l’Église qu’ils nient de la sorte et ils blasphèment lorsqu’ils proclament son anéantissement dans le monde entier pour en déduire que sa tête visible et ses évêques lui ont manqué; ils peuvent ainsi prétendre que la nécessité s’est imposée à eux d’instaurer un épiscopat légitime en la personne de leur pseudo-évêque, lequel, pour s’être élevé dans la hiérarchie sans passer par la porte mais en empruntant une autre voie tel un voleur et un brigand, appelle sur sa propre tête la condamnation du Christ... »  

 

La théorie de Mgr Guérard des Lauriers est un non-sens canonique : il n'existe pas d'Église légitime matérielle. Ce serait comme de parler d'une vertu vicieuse, ou d'un vice vertueux. Comme Éric me l'a un jour fait remarquer, Mgr Guérard des Lauriers a paré sa thèse d'un nom latin pour lui donner un vernis de "sérieux", mais elle est d'une absurdité étonnante. Mgr Sanborn lui-même a rédigé son ouvrage en latin (De papatu materiali), mais lui aussi ne fait que cacher des erreurs évidentes sous le masque d'une langue sacrée. Citons son propre confrère, l'abbé Ricossa : « L'abbé Paladino aurait pu être encore plus incisif dans sa critique en citant le même abbé Sanborn, qui soutient comme thèse qu'« il n'y a pas de succession apostolique légitime si elle n'est pas formelle » (Sodalitium n°46) ; comment peut-il, ensuite, parler d'une « succession apostolique matérielle légitime » ? (Sodalitium n°48). » En d'autres termes, tantôt Mgr Sanborn écrit que la succession apostolique ne peut être légitime que si elle est matérielle et formelle, et ailleurs il écrit qu'une succession apostolique purement matérielle peut être légitime. Inutile de dire que si j'avais commis de pareilles erreurs dans mes copies de droit, je n'aurais jamais obtenu mon diplôme de master... On m'aurait mis 4/20, pas plus. Mais précisément, n'importe quel juriste, même étranger à la doctrine catholique, pourrait comprendre facilement l'absurdité des erreurs des guérardiens. 

Les encyclopédies catholiques et les manuels de théologie sont très clairs pour dire qu'une succession épiscopale purement matérielle ne peut pas être légitime, et n'est donc pas à strictement parler "apostolique". C'est pourquoi la théorie guérardienne est un OVNI, rien d'autre. L'aspect matériel désigne la simple succession des évêques, qui les fait remonter jusqu'aux apôtres : aussi, même certains schismatiques présentent cet aspect, tant que leurs ordinations et consécrations sont valides ; mais comme ils se sont séparés de l'Église, ils ont rompu la continuité du témoignage, et donc ils ne sont pas les successeurs légitimes des apôtres. C'est pourquoi vous ne pouvez pas dire que l'Église moderniste n'est pas la vraie Église, et en même temps prétendre qu'elle possède une succession légitime.

Comme l'enseignent le concile de Constance et le magistère ordinaire universel (je l'ai amplement prouvé), lorsqu'un pape est validement élu il devient immédiatement le successeur de Pierre ; et son acceptation pacifique et universelle prouve la régularité de son élection (ou régularise les défauts). Donc à partir du moment où le Pape a été élu, il n'est plus possible de dire qu'il n'a pas reçu l'autorité pontificale : car c'est la même chose d'être élu et de recevoir l'autorité pontificale. Un pape validement élu ne peut pas ne pas recevoir l'autorité pontificale. Donc cette distinction des guérardiens est à la fois imaginaire et impossible. Ce n'est pas de la théologie positive, mais une fantaisie librement professée au nom d'une prétendue "théologie spéculative".

L'américain Siscoe a très bien décrit l'erreur (et même l'hérésie) du guérardisme, sur le forum Suscipe Domine :

"Ils disent [les guérardiens] que les électeurs [les cardinaux modernistes] sont des détenteurs légaux de l'office, et donc qu'ils peuvent légalement élire un pape. Cette théorie du matériel/formel est une complète nouveauté [dans son application par les guérardiens, c'est vrai]. Elle consiste à soutenir qu'un prélat qu'ils [les guérardiens] considèrent comme un hérétique public, et qui néanmoins prétend être catholique, détient légalement son office jusqu'à ce que l'Église le déclare hérétique (ce qui est vrai) [et impossible !] ; mais pour eux, le détenteur légal de l'office ne possédera pas l'autorité de l'office. Selon cette théorie, les laïcs n'ont pas l'autorité pour déclarer l'office vacant (ce qui est vrai), mais ils ont l'autorité de déclarer que le détenteur légal de l'office n'a pas l'autorité de l'office ; or aucun théologien n'a jamais enseigné cela. Une personne qui possède l'office possède également l'autorité de l'office."

La dernière phrase est l'un des meilleurs résumés sur le guérardisme. L'élu légitime du conclave ne peut pas ne pas recevoir l'autorité pontificale. Quand je dis que c'est la même chose d'être élu et de recevoir l'autorité pontificale, il s'agit de bien comprendre ce que je veux dire : car les guérardiens objecteront que l'élu doit accepter son élection. Sauf que, d'une part je n'ai jamais vu un cas bien avéré d'élu qui n'ait pas accepté son élection (ou tout au plus un seul), et d'autre part quand bien même ce serait possible - et je le crois volontiers - un second vote aurait lieu pour élire quelqu'un d'autre. Mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est que lors d'un conclave régulier, tous les élus qui ont accepté extérieurement leur élection, et qui ont été présentés à l'Église, sont infailliblement papes. C'est du moins une certitude lorsque l'acceptation pacifique intervient. Donc il est impossible de dire qu'un pape pacifiquement et universellement accepté n'a pas reçu l'autorité pontificale. Dès que l'élu a dit oui et qu'il est présenté à l'Église, on peut dire qu'il est à proprement parler ÉLU, et comme l'enseigne le Pape Pie XII, il reçoit immédiatement sa juridiction : Franck Abed a eu raison d'adresser cette objection à l'abbé Ricossa.

Si vous contestez l'infaillibilité de l'élection du Pape - comme le font ouvertement l'abbé Ricossa et l'abbé Grossin - vous contestez l'infaillibilité pontificale elle-même : pas d'élection certaine, pas de règle de foi certaine. D'où mon affirmation selon laquelle les sédévacantistes contredisent EUX AUSSI l'infaillibilité pontificale, indirectement. Et ceux qui disent qu'un pape légitime peut faire défection contredisent l'indéfectibilité de la foi de Pierre.

Un jour, le Père Joseph Marie a déclaré dans l'un de ses sermons que le sédévacantisme ne contredisait pas l'indéfectibilité de l'Église et la perpétuité de la succession apostolique, car il suffisait qu'il soit toujours possible d'élire un pape pour que ces doctrines soient préservées ; et il ajouta que c'était aujourd'hui possible (se prévalant de la thèse guérardienne). Or la thèse de Mgr Guérard des Lauriers, au titre latin pompeux, ne sauvegarde absolument pas la doctrine de l'indéfectibilité de l'Église, ni la perpétuité de la succession apostolique. Car de même qu'il est impossible qu'un pape régulièrement élu ne soit pas détenteur de l'autorité pontificale, de même il est impossible qu'un pape légitime fasse défection (j'ai déjà expliqué pourquoi) : donc la juridiction ne peut pas être recouvrée de cette manière. D'ailleurs, ceux qui disent que le Christ transmet directement la juridiction au pape se trompent. Il l'a fait une fois lorsqu'Il a institué Pierre le Pasteur en chef de son Église ; mais s'Il transmettait la juridiction de nouveau à un pape qui l'aurait perdue, Il fonderait une nouvelle Église, et la succession apostolique ne serait plus légale mais charismatique. La société divine fondée par le Christ doit se perpétuer suivant ses règles permanentes et inviolables ; et toujours, la juridiction se transmettra du pape aux évêques, et à la mort de chaque pape les cardinaux électeurs (tous détenteurs d'une juridiction ordinaire) éliront le nouveau pape. La flamme se transmet de façon continue et perpétuelle, sans jamais souffrir aucune interruption. Il n'existe pas de telle chose qu'un "pape matériel" qui recouvrerait la juridiction en devenant un pape formel. Si tel était le cas, il n'y aurait plus ni sécurité ni continuité (et encore moins légalité) dans la succession épiscopale sur le Siège de Pierre.

L'abbé Ricossa, dans l'une de ses revues Sodalitium, écrit que lorsque le Siège est vacant, l'Église n'est plus infaillible ; or il s'agit d'une hérésie : le collège épiscopal, même privé de pape, demeure infaillible en ce qu'il ne peut enseigner collectivement et d'un même mouvement une erreur contre la foi ou la morale qu'il présenterait comme une doctrine de foi. De même, le magistère ordinaire universel nous dit que l'ensemble des évêques ne peuvent pas faire défection. Donc il est tout simplement hérétique d'affirmer, comme le font non seulement les sédévacantistes et même certains lefebvristes, que toute la hiérarchie catholique a sombré, et qu'il n'existe plus d'autorité enseignante dans l'Église. Le Père Joseph Marie a beau jeu de critiquer la Fraternité Saint Pie X et de se décrire comme "intégralement fidèle" face à la Fraternité qui elle n'aurait "pas la foi", mais ses doctrines à lui sont pires que celles de la FSSPX : car il est plus grave encore de dire que toute la hiérarchie catholique a sombré et ne subsiste plus qu'à l'état de potentialité, que de dire que Bergoglio est pape et qu'en même temps il détruit la foi.

Avec de tels enseignements, plusieurs fidèles sombrent dans le schisme grec (même des lefebvristes, d'ailleurs).

Dans le monde anglophone, certains sédévacantistes savent que la permanence de la juridiction ordinaire est un dogme de foi, tout comme l'indéfectibilité du clergé romain ; et donc ils tentent de concilier le sédévacantisme avec la doctrine catholique, par diverses hypothèses (qui sont en réalité insuffisantes), ce qui est du moins plus sage que d'enseigner des hérésies évidentes comme le font l'abbé Grossin, l'abbé Cekada, l'abbé Belmont, Mgr Sanborn, le Père Joseph Marie,etc.

John Lane, sédévacantiste américain, avait un jour eut un bon mot sur le sujet (le 16 mai 2006) :

« Maintenant cela va faire quinze ans que je combats une idée que je pensais totalement injuste contre le 'sédévacantisme', à savoir que selon nous la hiérarchie est éteinte, et je découvre seulement que c'est exactement ce que le Père Cekada croit. Plus encore, il le croit depuis de nombreuses années. La Fraternité Saint Pie X n'a donc pas accusé le sédévacantisme injustement : elle s'est opposée avec raison à une théorie hérétique soutenue par les principaux partisans du sédévacantisme dans le monde anglophone » [pas seulement dans le monde anglophone, malheureusement !].

Un jour, sur le site internet de La sapinière, l'abbé Rioult eut l'humilité d'avouer que tant le lefebvrisme que le sédévacantisme ne s'accordaient pas intégralement avec la Constitution divine de l'Église ; mais sans en tirer la conclusion logique (qui aurait été de dire qu'il fallait trouver une autre solution), il tenta de le justifier en disant que les circonstances actuelles étaient exceptionnelles (or, je l'ai déjà dit, quelles que soient les circonstances la Constitution divine ne peut pas être contredite, dans aucun de ses caractères).

 

 

10 " Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l'un était Pharisien, l'autre publicain.
11 Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : O Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes et adultères, ni encore comme ce publicain.
12 Je jeûne deux fois la semaine ; je paie la dîme de tout mes revenus.
13 Le publicain, se tenant à distance, ne voulait pas même lever les yeux au ciel ; mais il frappait sa poitrine en disant : O Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur !
14 Je vous le dis, celui-ci descendit justifié dans sa maison, plutôt que celui-là ; car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé. "

 

Si vous jugez que ma comparaison avec la parabole du pharisien et du publicain est outrée, écoutez le sermon du Père Joseph Marie. Les communautés traditionalistes en prennent pour leur grade : elles n'ont pas la foi, et leurs "croisades du rosaires", prières publiques et processions, sont des oeuvres vaines. Quant aux fidèles sédévacantistes eux-mêmes, bon nombre ne respectent pas l'autorité du prêtre. En d'autres termes, presque tout le monde est mauvais, sauf les prêtres sédévacantistes (et encore) ?

Quand j'assistais à la Messe dans cette chapelle - avant d'en être renvoyé - les critiques de la Fraternité Saint Pie X étaient si coutumières et insistantes que deux vieillards se fâchaient ouvertement, en plein sermon, d'entendre toujours la même chose et de voir autant d'hostilité.

 

 

"Plus de pape formel, plus d'évêques, ni de curés" !

Est-ce encore l'Église du Christ, ou l'Église de Luther ?!

 

 

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